Comprendre

ce que les formats racontent

Qui sera le plus nul ?, lancé hier soir sur TF1, existe déjà dans plusieurs pays d’Europe… et n’était pas très convaincant. Pourtant, son adaptation française raconte quelque chose de très différent.

« Qui sera le plus nul ? » n’est pas seulement un titre : c’est un code culturel.

Un wording directement hérité de Youtube, où les créateurs utilisent depuis des années des intitulés ultra-efficaces :
« Qui sera le dernier survivant ? »
« Qui sera le meilleur élève ? »
« Qui est le meurtrier ? »

À l’étranger, les titres sont littéraux :
« Le plus idiot de Norvège »
« La célébrité la plus stupide d’Allemagne ».

La France est la seule à avoir délaissé le titre d’origine, un choix qui n’a rien d’anodin.
TF1 ne traduit pas : TF1 repositionne.
Un geste éditorial clair, qui s’inscrit dans la volonté stratégique de capter une génération qui ne regarde plus la télévision linéaire, en utilisant un langage qu’elle maîtrise déjà.

Mais un titre ne fait pas un programme.
Le véritable défi est ailleurs : comment fabriquer un récit avec une mécanique qui n’en crée presque pas ?
Car dans les versions suédoise et allemande, les limites apparaissent vite :
rythme lent, humour dispersé, mécanique qui produit peu de narration.

Là où les versions européennes restaient plates, TF1 injecte de l’énergie.
Le ton d’abord : léger et feelgood. L’absurde est grossi et assumé.
Le montage ensuite : plus dense, plus nerveux, plus incarné.
On sent la volonté d’apporter une écriture inspirée du digital, où tout doit être clair, rapide, immédiatement compréhensible.
Et TF1 ajoute un élément clé : un casting transgénérationnel, pensé pour parler à la fois au public jeune et au public télé.

Le format reste malgré tout fragile, parce que sa mécanique l’est.

Qui sera le plus nul ? raconte finalement autre chose que son propre concept : il raconte une télévision qui cherche, expérimente, et tente d’intégrer des codes extérieurs pour reconquérir une génération entière.

Que va-t-il se passer dans la prochaine saison des Traîtres sur M6 ?
La version UK, qui flirte avec les 12 millions de téléspectateurs, trois fois plus qu’en saison 1, vient de s’achever.
Quand un format explose à ce point, il ne s’adapte plus : il dicte la suite.

En observant les versions UK et US (actuellement à l’antenne), une évidence apparaît : le jeu s’est transformé, densifié, affûté.

La première évolution marquante arrive dès l’ouverture de la version américaine : la désignation d’un Traître aux yeux de tous.
Face au groupe, chaque candidat s’avance devant l’animateur qui ouvre un coffre. Dans l’un d’eux : la carte fatidique. Et celui qui la découvre doit, l’espace d’une seconde, tenir son visage et entrer dans le jeu sans transition.
C’est simple, mais redoutable : le mensonge ne se prépare plus, il commence immédiatement, et l’aventure démarre plus vite, plus fort.

Autre évolution tout aussi marquante dans les deux versions du programme : le “Secret Traitor”.
Un Traître supplémentaire, inconnu pour les Traîtres, mais aussi pour le public pendant plusieurs épisodes. Son rôle : influencer le jeu depuis l’ombre, établir des shortlists de victimes, et confier aux Traîtres des missions visibles qui les obligent à agir sous pression, en pleine lumière.
Une présence fantôme qui ajoute une strate au récit, sans alourdir la mécanique.

Le programme comprend ici quelque chose d’essentiel : plus l’exposition est forte, plus la tension narrative monte. Les Traîtres sont constamment mis en danger. À chaque séquence, ils peuvent être démasqués dans le feu de l’action.

Au Royaume-Uni, certains Fidèles gagnent le droit de parler directement aux Traîtres. Un espace fermé, presque sacralisé, dans un confessionnal.
Questions posées à voix haute, réponses écrites anonymement. Un moment qui transforme le format : les Fidèles peuvent, pour la première fois, élaborer des stratégies avec les Traitres !

Et la mise en danger ne s’arrête pas là.
A l’issue d’une mission, les Traîtres se rendent physiquement dans la forêt en pleine nuit, face à un candidat prisonnier. Ils retirent leur capuche, dévoilent leur identité, et éliminent leur victime en direct. Une scène plus filmique, plus incarnée, plus dangereuse.

Alors, qu’est-ce que cela signifie pour la France ?
La prochaine saison, tournée il y a quelques mois, est très attendue.
Pour retrouver sa puissance, le format devra, d’une manière ou d’une autre, s’être inscrit dans cette dynamique internationale : renforcer la tension, accélérer la dramaturgie et exposer davantage les joueurs.

La question n’est pas de savoir si Les Traitres doivent évoluer mais de savoir si la version française aura osé franchir ce cap dès cette année.
Verdict dans quelques mois sur M6.

Imaginez un jeu où tout se joue dans votre dos. Littéralement.
C’est le format qui a été lancé aux Pays Bas en janvier et dont j’avais parlé ici à l’issue du MIP.

Watch Your Back est un jeu psychologique où chaque candidat doit deviner le numéro inscrit sur son dos, que tout le monde peut voir… sauf lui.
Et dès la première minute, le ton est donné.

Pas de portraits, pas d’arrivée, pas de mise en place : le jeu commence immédiatement.
Un numéro s’affiche sur le dos des 12 célébrités, et l’une d’elles peut être éliminée dès l’ouverture si elle ne parvient pas à deviner le sien.
C’est radical, audacieux, et l’enjeu s’installe sans détour.

Cette première séquence conditionne d’ailleurs la suite du programme : mentir ou dire la vérité devient un choix stratégique.

Chaque jour, les candidats reçoivent un nouveau numéro. Et chaque jour, ils doivent s’en remettre à leurs adversaires pour connaître le leur.
Si en fin de journée ils ne découvrent pas leur numéro, eh bien… ils ne sont pas éliminés. Cela les place en réalité simplement en danger, et ce sont ensuite les autres joueurs qui décident de leur élimination.

Ce choix déplace l’enjeu : ce n’est plus la mécanique qui élimine, mais l’humain. C’est un levier psychologique puissant, même si cela dilue un peu la force immédiate de la règle du numéro.

Les mécanismes, parfois nombreux, parfois imbriqués, mériteraient d’être allégés pour que chaque rebondissement soit pleinement saisi par le public. Ce format gagnerait aussi à raconter davantage : suivre le cheminement intérieur des candidats, leurs hésitations, leurs dilemmes, tout ce qui transforme une décision en moment de tension.

Côté ambiance : le manoir et la direction artistique aux couleurs pop offrent un bel écrin au jeu, et un montage plus vivant donnerait au programme l’énergie attendue d’un divertissement.
Les tenues blanches des candidats, qui évoquent (à mon sens) un environnement presque médical, renforcent une atmosphère qui manque de chaleur.

Conceptuellement, tout est réuni.
Watch Your Back possède une vraie singularité et une vraie marge de progression narrative dans une adaptation.
Car ce qui distingue vraiment un format, c’est la manière dont son idée prend vie à l’écran : un équilibre entre mécanique, rythme et narration.

Et en se concentrant essentiellement sur les numéros, le programme laisse de côté tout ce qui pourrait se construire autour : les micro-drames, les alliances fragiles, les trajectoires individuelles.

C’est d’ailleurs ce qui rend le format intéressant : il y a de la matière à transformer, à intensifier, à incarner.

Le plus passionnant sera de voir quelle adaptation saura saisir ce potentiel et transformer ce concept intelligent en aventure organique.

Il s’est passé quelque chose d’intéressant hier soir sur France 2 : la télévision a fini d’opposer le digital à l’antenne et a enfin commencé à s’en inspirer.

En effet, L’Anneau montre que les codes du digital influent désormais sur ceux de la télévision.

La mécanique est aussi simple que moderne : une zone qui se resserre, une montre connectée comme seul repère, et l’obligation de rester dans le périmètre sous peine d’être éliminé.
Une mécanique en apparence évidente, mais qui révèle quelque chose de plus large : la télévision emprunte les codes du game design.

Cette zone qui rétrécit ? C’est le langage des Battle Royale (type Fortnite), où la tension ne vient plus seulement des autres, mais de la géographie elle-même. L’Anneau reprend ce principe, mais l’adapte à un programme de flux. Pas de surdramatisation, pas de chaos mis en scène, juste une mécanique claire qui structure le récit.

La montre connectée, elle, agit comme un HUD (Heads-Up Display) de jeu vidéo : une interface qui traduit l’urgence et apporte une narration directement héritée du digital.

Pourquoi ça marche ? Parce que tout est lisible en un coup d’œil.

Le format aurait presque pu naître sur Youtube, tant il s’inscrit dans la veine des créateurs qui imaginent désormais des aventures à grande échelle.

Ici, le digital inspire la mécanique, mais l’écriture globale reste celle d’un format TV classique : linéaire, construite, pensée pour du flux.
France Télévisions lui donne un rythme plus doux, plus humain, plus posé.

Ce concept français est la bonne surprise de cette fin d’année.
Ce n’est pas révolutionnaire, ce n’est pas spectaculaire à tout prix. France 2 ne cherche pas à rivaliser avec la tension de TF1 ou M6 : la chaîne propose autre chose.

L’Anneau montre que le digital n’est plus un univers à part. Il devient un langage que la télévision doit désormais intégrer.

Pandore, le nouveau jeu d’M6, a été lancé hier soir. Mais une question se pose : est-ce que quelqu’un a compris les règles ?

Dès le début, quelque chose cloche. Les 10 premières minutes installent l’ambiance, l’univers, mais… le concept reste flou.

Les candidats, en revanche, donnent l’impression d’avoir parfaitement saisi les règles d’un jeu que le téléspectateur, lui, n’a jamais reçu.

Oui, il est question de gagner jusqu’à 100 000 euros. Mais qui peut les remporter ? Selon quelle logique ? A quelle condition ?
Rien de tout cela n’est explicité, ce qui empêche l’enjeu de se construire.
On avance à vue.

Très vite, on reconnaît pourtant la structure des Traîtres.
Une sélection, une épreuve, des moments de vie pour débusquer les menteurs, un conseil.
Sauf qu’ici, sans règles clairement posées, cette mécanique tourne à vide.
Et une fois les menteurs identifiés, il n’y a plus vraiment d’urgence à continuer à regarder.

C’est d’autant plus dommage que l’intention de départ est forte. M6 tente un format original, ambitieux, avec un univers singulier.
Et c’est justement parce que cette ambition est réelle que les failles deviennent si visibles.

Le montage tente donc de compenser ces failles.
Les interviews sont omniprésentes, elles interviennent trop souvent, comme pour combler un manque de lisibilité laissé par le jeu.
On a le sentiment que l’émission verbalise en permanence ce qu’elle ne parvient pas à faire exister dans les live.

Ce trop-plein d’interviews vient masquer une faiblesse de conception, comme si le dispositif avait besoin d’être renforcé de l’extérieur pour tenir debout.

Au final, Pandore donne l’impression d’un jeu construit… mais jamais expliqué.
Un concept dont les candidats semblent maîtriser les clés, mais que le programme oublie de transmettre à ceux qui le regardent.
Et sans cette clarté, la mécanique, le rythme et les enjeux ne peuvent pas vraiment fonctionner…

Un nouveau jeu de mensonge a commencé hier sur TFX : Tricheurs. Mais comment intéresser un public qui a besoin que le jeu commence… tout de suite ?

Sur le papier, c’est exactement ce que recherche la télévision aujourd’hui : un social game psychologique, dans la continuité des formats de stratégie modernes.

Le concept a tout ce qu’il faut pour créer une tension immédiate.
Mais l’écriture, elle, reste figée dans un schéma très classique, trop prudente pour un format qui méritait davantage d’audace.
Et c’est dommage.

L’épisode démarre vraiment après une vingtaine de minutes, lorsque les règles sont enfin expliquées dans le « cercle des joueurs », une pièce qui reprend les codes du casino.
Chaque candidat reçoit une carte : deux d’entre elles désignent les tricheurs. Et, comme au poker, il faut savoir bluffer. Ce moment fonctionne parfaitement parce qu’il installe enfin jeu et enjeu.

Mais il arrive tard.

Avant d’y parvenir, l’épisode s’étire : arrivées interminables, discussions dans la villa, installation des candidats.
Et une fois la séquence de désignation passée, lorsque le pilote se termine, on a paradoxalement l’impression que Tricheurs n’a pas encore vraiment démarré.

Avec un tel concept, TFX aurait dû aller plus loin :
Réduire drastiquement l’introduction (en 2026, on gagnerait à supprimer le pré-générique et réduire les rencontres pour entrer directement dans le jeu), expliquer les règles dès l’ouverture, installer le doute dès les premières minutes, et mettre les candidats en danger rapidement, plutôt qu’en fin d’épisode.
Twist et rebondissements doivent nourrir la narration dès l’épisode 1.

Le format se prête parfaitement à une écriture plus moderne, plus digitale, plus nerveuse, à l’image de sa cible : les 15-24.
Cette case permet justement de tester, d’oser, de casser les codes sans grand risque.
Pour exister dans un paysage redéfini par les plateformes, Youtube et les jeux sociaux, Tricheurs devrait offrir une tension continue, une montée immédiate, une exposition claire des enjeux.

Il a tout pour être un bon format : de la stratégie, du doute, une direction artistique soignée, un montage qui ose quelques ruptures, une voix off caustique.
Mais le premier épisode passe trop de temps à installer… et pas assez à jouer.

Teasée et attendue depuis de nombreux mois, La Bataille Navale était enfin diffusée hier soir.
Un concept pensé à grande échelle, porté par un univers immédiatement identifiable.

Le jeu alterne des questions entre les équipes, dans une ambiance feel good.
Les tirs s’enchaînent, mais sans véritable montée dramaturgique.
L’enjeu peine à s’installer.

Intéressantes sur le papier, ces questions cassent l’élan, interrompent la dynamique et atténuent la sensation de danger ou d’urgence.

On avance, on joue, on attend… sans jamais ressentir ce moment de bascule où tout peut se renverser.

Peut-être aurait-il fallu un autre type de questions, plus immédiates, plus instinctives, pensées comme un véritable levier stratégique entre les deux équipes.
Des questions capables d’influer directement sur l’adversaire, de le déstabiliser et de créer de vrais twists qui installent du suspense.

Il manque cette dramaturgie forte qu’on retrouve dans des jeux comme Qui veut gagner des millions ?, où chaque décision pèse réellement, où le silence, l’attente et le doute font partie intégrante du spectacle.

Les candidats qui composent les bateaux restent, quant à eux, étonnamment passifs dans le jeu.

On ne perçoit ni stratégie collective avec les deux capitaines, ni cohésion, ni tension interne. Ils existent dans le cadre, mais ne deviennent jamais un moteur narratif.

Et c’est paradoxal, mais dans ce cas précis, un choix souvent critiqué aurait peut-être été pertinent :
celui des célébrités.
Pas en tant que gimmick, mais comme chefs d’équipe actifs.
En interaction directe avec les candidats des bateaux, ils auraient pu les incarner, les pousser, les exposer.

Cette relation aurait donné de la chair au jeu, renforcé le sentiment d’équipe et, surtout, créé de l’enjeu.
Même ceux qui disent « encore des célébrités » (moi, le premier) auraient probablement reconnu que, ici, cela aurait servi le programme.

Aujourd’hui, Bataille Navale de TF1 coche beaucoup de cases du divertissement de prime-time.
Reste maintenant à trouver comment transformer ce concept solide en un vrai terrain de jeu… et de tension.

TF1 a ressorti Stars à Domicile. Une marque culte, évidemment, mais qui n’a plus grand-chose d’un événement.

Le problème ne réside ni dans le concept en lui-même, ni dans le casting proposé. Il tient surtout à l’époque dans laquelle nous vivons.

Le cast des années 2000 n’était pas « plus fort », il était simplement inaccessible.
À l’époque, on ne voyait jamais les artistes : aucune story, aucun live, aucune image captée dans un avion ou un studio d’enregistrement.
Le public avait très peu accès à leur quotidien (sauf en kiosques, ou dans Fan De sur M6 !), ce qui donnait à chaque apparition un caractère exceptionnel.
Stars à Domicile pouvait alors provoquer un véritable choc, précisément parce que les stars restaient lointaines.

En 2025, cette distance n’existe plus.
Les artistes sont présents en continu, filmés chez eux, en jogging, entre deux répétitions ou au réveil.
Leur intimité est devenue un flux permanent.
Le mystère a disparu, et avec lui l’effet « wow » tant attendu dans l’émission.

Mais le format souffre également d’une autre limite : la caméra cachée.
Cette mécanique phare des années 90–2000 peine aujourd’hui à apparaître comme un dispositif moderne.
Ce type de tournage parfaitement maîtrisé, encadré, prévu, empêche la moindre sensation de risque.
Et le téléspectateur, habitué aux pranks rapides et efficaces, le sait parfaitement.

Alors, pour compenser, TF1 tente de créer artificiellement de l’enjeu avec la voix off, en dramatisant des scénarios sécurisés, sans réussir pour autant à créer une tension crédible.
Au final, le programme avance avec une narration trop lente même si l’émotion recherchée est bien présente pendant les rencontres surprises.

Dans ce contexte, Stars à Domicile reste globalement fidèle à sa mécanique d’hier, sans aller assez loin pour retrouver une résonance moderne auprès du public.

Dans le dating, les idées vraiment nouvelles sont rares.
Et pourtant… parfois, une évidence s’impose.
C’est le cas avec Le Calendrier de l’Avent : diffusé au Canada sur Crave, le programme nous plonge directement dans la féérie de Noël.

Dès les premières secondes, Catherine, la célibataire, entre dans un calendrier de l’avent à taille humaine, immense, presque irréel.
Chaque jour, elle visite une case, rencontre des soupirants. Et chaque jour, l’un d’eux doit quitter le calendrier, jusqu’à la veille de Noël.

Le programme transforme immédiatement l’expérience en s’emparant des codes du conte de Noël.
On entre dans un univers pensé, doux, cohérent, presque semblable à un téléfilm de Noël,  mais sans jamais basculer dans le kitsch.

Et ce détail change tout : au lieu de regarder une émission, on regarde et on écoute une histoire, presque au coin du feu.

Pour accompagner Catherine dans sa quête de l’amour, il y a la fée marraine. Elle observe tout en temps réel, réagit, donne son avis, et ses préférences. Elle envoie aussi des capsules pour guider Catherine dans ses rendez-vous. « C’est la magie de Noël ! »
Son humour et sa légèreté apportent un ton complice qui modernise l’ensemble.

Le résultat, c’est un format qui trouve exactement la bonne dose :
court (une vingtaine de minutes), lumineux, bienveillant, et avec une promesse.
Il se déguste comme un chocolat chaque jour de décembre. Juste pour le plaisir.

Sphere Media et Bell Média ont compris quelque chose de fondamental :
le dating n’a pas besoin d’être complexifié pour être moderne.
Il a juste besoin d’être réenchanté.

Alors… Catherine trouvera-t-elle l’amour pour Noël ?

On pourrait se dire : encore une émission avec Cyril Lignac. Et pourtant, celle-ci n’a rien à voir avec les autres.

Hier soir, M6 lançait Rendez-vous chez Cyril Lignac, nouveau programme à mi-chemin entre cuisine et talk show.
Anne-Sophie Lapix, Ahmed Sylla et Michou ont été invités à cuisiner un dîner à six mains pour le chef : entrée, plat, dessert. Chacun sa mission.

Pendant ce temps, Cyril Lignac joue l’hôte bienveillant, le conseiller, parfois le petit challenger qui bouscule gentiment. Et très vite, les discussions s’installent : anecdotes, moments personnels, archives glissées au bon moment…

C’est là que se crée la vraie chaleur du programme :
dans les interactions, la connivence immédiate, l’humour et les confidences qui se tissent entre les invités.

La dynamique entre eux est réellement ultra feel-good, et c’est ce qui porte l’émission. On sent que le casting a été pensé pour l’alchimie plus que pour la promotion.

Impossible de ne pas penser à Un dimanche à la campagne de Frédéric Lopez. Logique, car il co-produit le programme, et on retrouve dans ce format sa manière de détourner une activité simple pour créer des instants où les invités se découvrent autrement.

La réalisation accompagne efficacement cette ambiance :
un décor sombre et chaleureux, très « chez soi », des caméras mobiles qui donnent un ton décontracté. Un rythme soutenu, sans temps mort.
On est entre la cuisine de copains et un loft parisien pensé pour la télévision.

Seule réserve, peut-être : la partie « préparation des plats » occupe un peu de temps, alors que la cuisine n’est jamais vraiment montrée.
On aurait gagné à resserrer légèrement cette partie pour basculer plus vite à table, avec une discussion collective, dégustation incluse.
Un moment plus posé, presque à la “dîner d’Ardisson”, où tout le monde réagit sur d’autres thèmes. La mécanique et le lieu s’y prêtent parfaitement.

Petit regret : la case horaire.
Diffuser cette émission à 23h20, c’est dommage.
Le programme a toutes les qualités pour exister plus tôt, toucher plus large, et s’installer durablement.
Il a un vrai potentiel : celui d’un rendez-vous qui peut devenir récurrent, parce qu’il repose sur un principe simple, humain, chaleureux, et adaptable avec une infinité de castings.

J’ai découvert Watch Your Back au MIPCOM, et c’est l’un des concepts qui m’a vraiment donné envie d’en voir plus.

Dans cette télé-réalité psychologique mêlant stratégie et tromperie, le principe semble presque anecdotique au départ :
douze personnalités entrent dans un manoir, perdent leur identité… et deviennent des numéros. Un chiffre est inscrit dans leur dos, visible de tous, sauf d’eux-mêmes.
Chaque jour, ce numéro change. Et pour rester en jeu, il faut le deviner.

C’est là que tout se joue.
Pour y arriver, les joueurs doivent poser des questions, observer, écouter… mais surtout choisir en qui faire confiance. Car rien ne garantit que ce qu’on leur dit est vrai.

C’est simple, ludique, et conceptuellement très malin.

On reste dans la veine des formats fondés sur la dissimulation et la manipulation, initiée par The Traitors et prolongée depuis sous différentes formes (The Inheritance, The Fortune Hotel, Million Dollar Secret, etc.).
Mais Watch Your Back surprend justement par sa radicale simplicité.

Pas de rôles cachés ici. Pas de trahison programmée. Tous les candidats sont sur un pied d’égalité.
Mais chaque défi vient tester la loyauté, et révèle qui est un allié… et qui manipule.

Difficile d’en dire beaucoup plus avec le seul trailer diffusé pendant le Fresh de The Wit, mais visuellement, l’univers évoque un croisement entre The Traitors et Squid Game. Un manoir stylisé, des couleurs très pop, et un Jardin des Miroirs réservé aux rares joueurs qui remportent un défi, seul lieu où la vérité devient enfin visible.

Watch Your Back est sans doute plus qu’un jeu : c’est une expérience sur la perception, l’identité, et la confiance.

Avec une idée claire et un univers immédiatement identifiable, ce format a tout pour voyager.
C’est typiquement le genre de proposition qui interroge autant qu’elle retient l’attention.

Diffusion prévue début 2026 aux Pays-Bas.
Adaptation à suivre, tant le potentiel est évident.

Prenez l’outil le plus puissant du 21ème siècle : l’IA. Mariez-le à l’ORTF. Et vous obtenez… la vie ménagère de 1960, ressuscitée pour M6.

L’IA n’est plus un territoire théorique : elle sert déjà à fabriquer des films, des publicités, des clips musicaux, et s’impose de plus en plus dans la production visuelle.
Certains formats internationaux, comme AI Love You, évoqué récemment ici, testent déjà ces usages. Mais cela reste encore l’exception.

Ici, l’intelligence artificielle n’est pas le concept : elle est un outil.
Un moyen de donner du relief, d’ancrer une époque, d’en recréer la sensation sans la trahir : Paris désaturé recréé en mouvement, des scènes dans les usines, les bureaux, la cuisine… et une speakerine qui surgit d’un autre siècle.

Malgré un dispositif bien pensé pour suivre une famille plongée dans le quotidien des 60s, le récit reste linéaire.
La télévision emprunte ici au digital l’outil, mais pas encore le rythme.
Or les expériences modernes qui captent les publics fonctionnent sur une mécanique : un choix, une contrainte, une tension, un twist qui rythme la progression.

Reste la question la plus importante : à qui s’adressait M6 avec ce programme ? La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît.

Dans l’imaginaire collectif français, les sixties n’ont pas la chaleur pop des années 80 ni la nostalgie immédiate des années 90. Les plus jeunes n’ont aucun lien avec les années 60. Les adultes nés après les années 70 ne l’ont pas vécue. Et ceux qui l’ont connue regardent ici une version très scénographiée, très théorique de leur propre histoire.

D’où cette impression étrange :
l’utilisation d’une technologie du futur pour ressusciter un passé qui n’intéresse peut-être plus vraiment le présent.
Cette époque de référence n’offre plus d’attache émotionnelle suffisante pour créer l’identification.

Un paradoxe très contemporain, où l’innovation sert moins à inventer qu’à revisiter, et où la télévision explore des outils que d’autres industries ont déjà pleinement intégrés.

Structurer et enrichir

pour optimiser les mécaniques éditoriales

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J’ai longtemps travaillé sur des matières existantes, là où poser un regard juste pour faire raconter autre chose est un exercice délicat.

Ce que j’aime, c’est intégrer un projet, comprendre ce qu’il peut être, repérer ses forces et ses faiblesses, puis structurer et enrichir les idées pour le rendre plus clair, plus juste et plus solide, sans trahir l’intention de départ.

Ce que je propose n’est pas immédiatement identifiable.
Mais une fois intégré au processus, il devient évident.